Construire a toujours impliqué la responsabilité du responsable, surtout en cas d’effondrement du bâtiment. Valable depuis l’Antiquité, cette pratique perdurait sous l’Empire romain.
En France, l’artisanat a été complété et formalisé par le Code Napoléon selon un modèle adopté par de nombreux pays, notamment africains.
L’assurance responsabilité civile décennale : une exception française
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Le Grand Palais, Paris, 1899 |
Les premiers régimes de responsabilité civile des entrepreneurs remontent au milieu du XIXème siècle.ème siècle. Dans leur forme actuelle, les régimes d’assurance construction ont été mis en place entre les deux guerres mondiales en relation avec le développement de la construction en béton.
L’initiative est celle de pools professionnels comme la Mutuelle des architectes français (MAF) et la Société Mutuelle d’assurances du bâtiment et des travaux publics (SMABTPP), jusqu’à présent les principaux acteurs du marché, ainsi que de sociétés de tutelle comme Veritas et Socotec.
La première obligation d’assurance imposée aux entrepreneurs construisant des logements bon marché remonte à 1928.
La législation française
- 1804: Selon le Code civil français, la responsabilité des architectes et des entrepreneurs est soumise à des dérogations particulières au droit commun. L’article du Code civil de 1792 précise alors que « si l’édifice érigé s’effondre partiellement ou totalement par suite d’un défaut de construction ou même d’un défaut de sol, les architectes et les entrepreneurs seront tenus responsables de cet échec pendant une durée de dix ans ».
- 1967: La loi du 3 janvier 1967 remodèle la notion de responsabilité décennale et institue, à côté de cette responsabilité, une garantie biennale pour les petits travaux.
- 1978: Une commission interministérielle a été créée afin de soumettre des propositions pour la réforme de l’assurance construction. Le « Rapport Spinetta » est à l’origine de la loi du 4 janvier 1978, également appelée « Loi Spinetta ».
L’esprit de la loi
La loi découle du constat grave établi par la commission Spinetta qui soulignait :
- les délais excessifs pour le règlement du sinistre
- la hausse significative des sinistres subis
- le grave déficit d’assurance pour le secteur de la construction
Les objectifs de la loi Spinetta : L’instauration d’un système à double ressort
Pour la commission Spinetta, l’assurance construction doit subir une profonde réforme. Le remède proposé est simple : donner la priorité à l’indemnisation sur la recherche de responsabilité. La loi se joue sous deux aspects :
instituer un mécanisme de préfinancement permettant une compensation rapide du trouble. Une assurance obligatoire devrait donc être imposée au maître d’ouvrage sous la forme d’une assurance de biens baptisée « Police Dommages aux ouvrages » souscrite par le maître d’ouvrage. Cette police d’assurance dommages travaux sera la clé du nouveau régime d’assurance décennale.- soumettre les différents acteurs du processus de construction à l’obligation de souscrire une « assurance responsabilité civile » afin de sanctionner éventuellement leurs propres erreurs.
Les principales dispositions de la réforme Spinetta
– Distinction entre fonctions de construction et fonctions d’équipement
La loi définit des distinctions nettes entre la fonction de construction qui relève de la responsabilité décennale et celle de matériel qui relève de la garantie biennale « droit commun ».
– Les différents types de passifs
- la garantie d’achèvement : durée d’un an
- garantie décennale, d’une durée de dix ans
- la garantie semestrielle de bon fonctionnement, d’une durée de deux ans
– Acceptation
Tout le système s’articule autour de la notion de date d’acceptation. L’acceptation est donc réglementée avec une extrême précision. L’acceptation est « l’acte par lequel le pouvoir adjudicateur accuse réception des travaux avec ou sans réserve ».
– Les personnes assujetties à l’assurance construction
Sont soumis à l’obligation d’assurance :
- le propriétaire de l’œuvre
- le représentant du propriétaire de l’ouvrage
- le vendeur de l’immeuble à construire ou de l’immeuble achevé
- le développeur
- la personne physique qui construit la maison pour son usage personnel ou au profit du conjoint, des ascendants ou des descendants.
- le constructeur de logements individuels
Seul l’État est exonéré de l’obligation d’assurance.
– Date de souscription, date d’effet de l’assurance construction
Date de souscription: la politique doit être rédigée avant l’ouverture du chantier.
La date d’entrée en vigueur: Elle diffère de la date de souscription. Le contrat ne prend effet qu’un an après la réception, soit à l’expiration du délai de garantie d’achèvement.
Les risques couverts par l’assurance construction
L’assurance garantit tous les travaux de réparation des dommages dont les entrepreneurs sont tenus responsables conformément à la loi (article 1972 du code civil). Sont également couverts par le même régime les travaux de démolition, de déblayage ou éventuellement de dépôt ou de démantèlement nécessaires.
Les garanties légales obligatoires concernent les travaux de réparation affectant :
- la solidité de l’ouvrage
- imprécision sur la destination
- la solidité des composants indissociables des équipements
- effondrement résultant d’une construction défectueuse
Des garanties facultatives peuvent être accordées par les assureurs. Ils concernent principalement :
- la garantie de bon fonctionnement : dommages portant sur des éléments d’équipement pouvant être retirés ou remplacés sans détériorer les éléments constitutifs.
- dommages immatériels consécutifs à des dommages matériels.
– Le montant de la garantie
La garantie couvre le coût total des travaux nécessaires à la remise en état des bâtiments ou des éléments d’équipement suite à un sinistre. Pour des raisons pratiques, les contrats prévoient un montant forfaitaire pouvant être mis en disponibilité.
– Réclamation d’indemnisation
Quinze jours est le délai imparti à l’assureur pour régler le sinistre. Ce délai court à compter du moment où l’assuré reconnaît accepter l’indemnité d’indemnisation proposée par l’assureur.
Assurance construction : Responsabilité décennale au Maghreb et en Afrique francophone
Un pont routier près d’Aïn Turk, Algérie |
Les assureurs du Maghreb ainsi que leurs homologues de nombreux pays francophones d’Afrique subsaharienne souscrivent des risques en responsabilité décennale, qui sont souvent obligatoires. Les garanties proposées sont cependant plus restreintes qu’en France. Dans la plupart des cas, ces garanties se limitent à l’effondrement ou à la menace d’effondrement.
Assurance construction : problèmes et lacunes de la responsabilité décennale
- Suivi des obligations d’assurance
Même rendue obligatoire, l’assurance décennale reste bien en deçà du niveau attendu. De nombreux ouvrages ne sont pas assurés et les autorités ne parviennent pas à imposer le respect de l’obligation d’assurance.
Stade Green Point, Capetown, Afrique du Sud © Alex@Eddi , CC BY SA-3.0 |
L’environnement de l’assurance construction reste peu favorable à la souscription de risques de responsabilité décennale. Bien souvent, l’organisation du marché ne permet pas le contrôle des opérations de construction comme l’exigent les assureurs : bureaux de contrôle non agréés, absence de procédures et de normes régissant la construction.
Le développement de l’assurance responsabilité décennale se heurte souvent à un sérieux problème de capacité. Très peu d’assureurs sont disposés à souscrire de tels risques. Le marché est monopolisé par quelques réassureurs comme SCOR, Swiss Re et XL Re qui, en l’absence d’un marché de la construction structuré et de statistiques approfondies, restent réticents à s’engager sur des marchés présentant des garanties bien en deçà de leurs critères.
Pour pallier ce manque de capacité au niveau international, les assureurs locaux sont souvent contraints de s’organiser en pools comme en Tunisie où Tunis Re gère le pool de responsabilité décennale tunisien. Ce pool accorde une capacité de souscription automatique à ses membres et mobilise la rétention du marché local. Le recours à la réassurance étrangère n’est utilisé qu’après épuisement des capacités locales.
La situation actuelle de l’assurance responsabilité décennale sur le marché français
Après des années de stagnation et de déficit, l’assurance construction a commencé à se redresser en 2005. Cette reprise s’explique par la stabilisation du taux de sinistralité, les augmentations tarifaires et la croissance enregistrée par le marché du logement.
En 2005, le secteur de l’assurance construction a enregistré une augmentation de 20% de son chiffre d’affaires avec 2 milliards EUR (2,4 milliards USD) de primes reçues et 231 millions EUR (273,60 millions USD) de bénéfices. En 2006, le chiffre d’affaires s’est élevé à 2,3 milliards EUR (3,03 milliards USD), soit 5,3% du secteur total de l’assurance.
Le marché est caractérisé par la fréquence de la non-assurance et par un déficit de mutualisation des risques, qui est à l’origine des tarifs élevés.
On estime qu’un tiers des 250 000 maisons individuelles du site ne sont pas couvertes par l’assurance obligatoire Dommages aux Travaux, principalement en raison du coût élevé de la prime (4 000 à 5 000 EUR soit 5 806 à 7 258 USD), et de la réglementation en vigueur qui impose le recours à un architecte uniquement pour les logements dont la superficie est supérieure à 170 m.2.
Des réclamations coûteuses
Terminal 2E de l’Aéroport Roissy Charles de Gaulle (photo modifiée) © Christoph Mendt , CC BY 2.0 |
Les sinistres font perdre au secteur de l’assurance 1 milliard EUR (1,4 milliard USD) par an. Parmi les pertes les plus importantes de ces dernières années figure l’effondrement du terminal 2E de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle en mai 2004. La reconstruction de la toiture du terminal devrait coûter aux assureurs 150 millions EUR (217 millions USD).
Des projets énormes mais difficiles à assurer
Compte tenu de l’équilibre précaire de l’activité, la plupart des grands projets dont le coût dépasse 50 millions EUR (70 millions USD) ne trouvent pas d’assureurs ou de réassureurs pour couvrir l’ensemble du système. Les projets qui ont récemment connu des difficultés pour trouver une assurance responsabilité civile décennale sont :
- le Musée des Arts Premiers, Quai Branly à Paris
- la Tour Generali dans le quartier de La Défense (coût estimé entre 500 et 700 millions EUR soit 725 millions et 1 milliard USD)
- le Musée des Confluences à Lyon
Profil d’un leader
Créé en 1859, le Groupe SMABTP (Société Mutuelle d’Assurances Bâtiment et des Travaux Publics) représente 30 % du marché de l’assurance construction et compte plus de 100 000 adhérents : entreprises, artisans, maîtres d’œuvre, entrepreneurs et tous les acteurs du secteur de la construction.
En 2006, le Groupe SMABTP représentait :
- 115 300 assurés
- 1 836 millions EUR (2 665 millions USD) de chiffre d’affaires
- 13,02 milliards EUR (18,90 milliards) d’actifs courants
- elle rassemble 2 057 collaborateurs répartis sur l’ensemble du territoire français.
Nouvelles: L’un des leaders mondiaux de l’assurance construction, la société Bermudan XL Insurance a annoncé en septembre 2007 l’augmentation de sa capacité de souscription de 40 millions USD à 100 millions USD par projet.
